Une barre de peinture acrylique de 4x4x36 cm pesant 870 grammes et ayant nécessité 1,5 litres de peinture pour sa réalisation – quantité susceptible de recouvrir une surface d’environ 15m2 soit l’équivalent d’un tableau de 3 mètres par 5 – serait plantée dans le sable rose du désert du Colorado et prise en photo 12 fois le long d’une journée particulièrement ensoleillée pour retracer la course du soleil par les variations de son ombre.
Cette barre est composée de cyan, de magenta et de jaune selon les mêmes proportions qui permettent, en théorie, d’obtenir du noir par synthèse soustractive. En pratique cependant, cette synthèse – n’étant pas faite de nombres entiers et dont les couleurs restent tributaires de variations liées au nombre et au genre de pigments choisis par les fabricants d’acrylique – n’a rien de réalisable. Ainsi, la couleur issue de ce savant mélange est assortie aux yeux glauques d’Athéna-Nikè, la déesse victorieuse, puisqu’elle tient plutôt du vert caca d’oie que du noir profond.
Elle possède les mêmes dimensions que les High Energy Bar de Walter De Maria, qui, bien que les questionnements qu’elles sous-tendaient à l’époque de leur réalisation –portant sur le lien entre art et production manufacturée – sont largement dépassées aujourd’hui, dégagent une étrange énergie tenant peut-être de la coïncidence entre leur noms, leur matière et leur forme. Le titre de ce projet découle de cette rencontre et de l’attraction qu’elle engendre : Isostar est une marque suisse délivrant des barres protéinées destinées à donner de l’énergie au sportif pendant ou après l’effort. Ces barres portent exactement le même nom que les pièces de De Maria.
L’énergie donc, le long de cette étrange coïncidence, est aussi ce concept physique qui met la lumière sur le devant de la scène. Rappelons brièvement que, depuis sa vitesse indépassable, la lumière est le référentiel de l’infiniment grand ; et que cette découverte engendre un repli du concept de force désormais inclus dans celui d’énergie. Et ça tombe bien, parce que d’un point de vue étymologique, « isostar » est un nom construit à partir du gr. ἴσος, et ἀστήρ, signifiant égal aux étoiles, autrement dit à ces choses brulantes émettant de la lumière ; ce qui ne va pas sans rappeler non plus le fameux Troisième corps bergsonien, puisqu’il est capable de les atteindre. Cette forme de tuteur est par ailleurs un guide, un étalon, une règle, un témoin, si bien qu’il représente l’outil de mesure par excellence, à la manière des lingots d’or qui ont longtemps servi de standard en matière de valeur monétaire.
Rajoutons que cette barre est un excellent outil pour mesurer le diamètre de la terre, puisque le savant et rusé Eratosthène, 200 ans avant J.C., estima sa circonférence à quelques centaines de kilomètres près de nos valeurs actuelles, ce en mesurant l’angle formé par un bâtonnet de bois planté à 90 degrés dans le sol et son ombre à Syène, puis à Alexandrie un 21 juin à midi. A cette heure en effet le soleil était exactement à la verticale du sol de Sylène, et formait un angle de 7,2 degrés à Alexandrie. Cette différence, à l’aide de quelques théorèmes géométriques auxquels se confrontent aujourd’hui les élèves de 5ème, lui permet de mesurer l’angle de rotation de la terre, et ainsi sa circonférence.

